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Voyage en Roumanie : 06.06.2026 – 14.06.2026

  • 20 juin
  • 15 min de lecture

Dernière mise à jour : 21 juin

Ce voyage en Roumanie s’est préparé de longs mois en amont. L’équipe WOF n’avait plus eu la possibilité de se rendre sur place depuis 2023, et nous sentions le besoin urgent de retourner sur le terrain.


Ce sont trois bénévoles et amies qui ont décidé de vivre cette aventure ensemble : Angélique, Élodie et Maeva. Si Élodie et Maeva avaient déjà eu l’occasion de se rendre en Roumanie par le passé, Maeva y a même vécu plusieurs mois, pour Angélique, c’était une grande première. Adoptante de longue date et bénévole belge confirmée, la voilà partie à la découverte de la Roumanie.


Premier jour


Nous nous sommes retrouvées à l’aéroport de Bâle le samedi 6 juin, au petit matin. Après un vol de deux heures, nous voilà arrivées à Bucarest.


Nous avons récupéré rapidement notre voiture de location pour ne pas perdre de temps, car nous avions rendez-vous avec Alice pour une première étape incontournable : le supermarché.


L'objectif était de faire le plein de croquettes et de boîtes de pâtée pour Alice, mais aussi pour Catalina, notre super famille d’accueil.


Après avoir déposé les provisions au cabinet vétérinaire d’Alice, nous avons pris la route pour Constanța.

Quelques jours auparavant, Alice nous avait alertées sur la situation critique d’un refuge tenu par Doina, une femme au grand cœur qui traverse une période d'extrême précarité. Elle a tragiquement perdu son mari, emporté par une pneumonie qui n'a pu être soignée faute d'argent. Aujourd'hui, elle vit totalement isolée dans les champs, en lisière d'un village dont les habitants refusent la présence de ses animaux. Subissant régulièrement des menaces, sans eau courante ni électricité, Doina se bat chaque jour pour survivre et protéger ses protégés. Ses chiens sont tous des rescapés, abandonnés devant chez elle au fil des années. Faute de moyens, certains ont continué à se reproduire, aggravant la situation.

Heureusement, une première action concrète se prépare : Alice se rendra sur place cet été avec son camion aménagé en clinique mobile afin de stériliser l'intégralité des chiens. Mais le quotidien reste un combat, notamment face aux éléments. Au cours des dernières semaines, le terrain, situé au bas d'une colline, a été entièrement inondé à plusieurs reprises. Les canalisations du village sont totalement bouchées et, bien que le maire soit parfaitement conscient du problème, rien n'est fait. Doina vit donc sous la menace constante de nouvelles inondations.


Après 2h30 de route, nous sommes tombées sur un petit chien qui dormait au milieu de la chaussée, dans un village. Nous avons d’abord cru qu’il était mort… Mais en sortant de la voiture et en s’approchant, il a bougé. Nous avons alors constaté qu’il s’agissait d’une petite femelle de 5-6 mois dans un état de grande faiblesse. Très maigre, elle n’a opposé aucune résistance lorsque nous l'avons prise dans nos bras pour la mettre en sécurité dans la voiture. Nous venions d’effectuer notre premier sauvetage, seulement quelques heures après notre arrivée en Roumanie.


Peu après, nous sommes arrivées chez Doina. La situation y est effectivement chaotique. Suite aux inondations, les clôtures ont été détruites et les chiens errent en liberté dans les champs alentour. Nous avons découvert en Doina un petit bout de femme déterminé mais épuisé. En l'écoutant nous expliquer la situation, nous avons pris la pleine mesure de l’urgence. Plusieurs jeunes chiots tournaient autour des adultes, et Doina nous a confié avec tristesse que certains se faisaient tuer par les plus grands. Elle nous a suppliées de prendre quelques petits avec nous. Nous sommes donc reparties avec cinq chiots et une maman chienne, que nous avons plus tard baptisée Doina. Nous lui avons laissé de la nourriture pour les animaux ainsi que des vivres pour elle, déterminées à lui apporter une aide sur le long terme.




Sur le chemin du retour, nous avons croisé une chienne en piteux état au cœur d’un village.


Malheureusement, très craintive, elle ne s'est pas laissée approcher.

Quel déchirement de ne pas pouvoir faire plus… Nous lui avons tout de même laissé un traitement pour la peau, un vermifuge et de la nourriture.


Ce n'était qu'un début ...



À l’arrêt suivant, sur un parking au milieu de nulle part, loin de tout village, nous avons repéré deux grands chiots de 7-8 mois. Même situation : impossibilité de les approcher à moins de 20 mètres. Nous les avons nourris avant de repartir le cœur lourd, les larmes coulant toutes seules face à notre impuissance.

Nous sommes arrivées à Bucarest tard dans la nuit avec notre précieux chargement : la petite rescapée de la route, les cinq chiots et la maman du refuge de Doina.

Après avoir installé tout le monde pour la nuit au cabinet d’Alice, nous sommes allées nous coucher, déjà épuisées. Cette première journée venait de donner le ton ; nous étions profondément ébranlées par ce que nous avions vu.




Deuxième jour


Le lendemain, nous nous sommes rendues chez Catalina et ses filles, qui habitent près de Bucarest, non loin du refuge d’Alice. Catalina, Giulia et Lavinia forment une famille que nous soutenons depuis environ un an et demi. Ces trois femmes au grand cœur ne peuvent rester insensibles à la misère environnante. À leur échelle, elles changent le monde en recueillant, soignant et aimant des chiens et des chats sauvés de la rue ou de la maltraitance. Il nous arrive de leur confier nos propres sauvetages, comme les chiens du chantier en avril dernier (Toto, Mily et leurs petits). Trois des chiots ont d’ailleurs été adoptés, mais Olli, Toto et Mily attendent toujours leur famille. Parfois, ce sont elles qui sécurisent des animaux et nous demandent de l'aide pour les faire adopter. Nous répondons toujours présent, car leur engagement est précieux. Nous les soutenons également financièrement de manière ponctuelle.


Au fil des ans, elles ont sauvé des dizaines d’animaux. Elles ont actuellement 21 chiens (dont 11 à elles, les autres étant à l'adoption) et 15 chats, tous issus de la rue. Catalina et ses filles dédient leur vie à leurs animaux. Les rencontrer en vrai a été un magnifique moment de partage et de joie. Elles nous sont reconnaissantes pour notre aide, et nous le sommes tout autant de pouvoir compter sur elles. Nous n’étions pas arrivées les mains vides : nous leur avons apporté une dizaine de grands sacs de croquettes ainsi que Doina, la petite chienne récupérée la veille. Elle est désormais en famille d’accueil chez ces trois femmes exceptionnelles, et nous espérons lui trouver rapidement une famille pour la vie ! Nous sommes reparties le cœur plus léger, heureuses de ce partenariat.


Suite à cela, nous avons pris la direction du refuge d’Alice, situé à une trentaine de minutes. Alice est une vétérinaire et amie qui gère son propre refuge. Ce dernier est l’un des meilleurs de Roumanie, malgré une capacité de plus de 200 chiens. Les pensionnaires ont accès chaque jour à des enclos extérieurs où ils peuvent courir, renifler et creuser. Bien sûr, cela reste un refuge et cela ne remplacera jamais le confort d’un foyer. D'autant que le site compte énormément de chiens âgés qui ont passé leur vie entre ces murs, faute de visibilité. Pour eux, Alice espère chaque jour le miracle d’une adoption.

On y trouve aussi beaucoup d’adultes entre 3 et 6 ans ; arrivés chiots, ils n’ont pas été adoptés à temps. Une fois adultes, ils deviennent invisibles et voient les années défiler. Alice est épaulée par d’autres associations, mais celles-ci se focalisent uniquement sur les chiots et les petits chiens, ce qui explique pourquoi les grands et les seniors restent là. Nous essayons de les mettre en avant, mais notre charge de travail avec le refuge d’Emma est telle que nous ne pouvons malheureusement pas diffuser tous les chiens d’Alice.

Nous avons commencé la visite à ses côtés. Alice nous a présenté chaque enclos et chaque chien. Nous avons pris des photos, des vidéos et sélectionné des profils à diffuser. Nous avons passé de longs moments avec Lyam, un sauvetage WOF de 2021 qui attend toujours au refuge après toutes ces années, ainsi qu'avec Cosmo, arrivé chiot la même année et toujours là. Cette après-midi nous a permis de découvrir ces merveilleux pensionnaires et de pouvoir échanger avec Alice. Nous sommes reparties en fin de journée, sans lui dire tout à fait au revoir, puisque nous avions prévu de nous retrouver le samedi 13 à notre retour à Bucarest.




Troisième jour


Le troisième jour, nous avons pris la route en direction de Iaşi pour retrouver Emma. Le trajet entre Bucarest et Iaşi est long — plus de 5 heures de voiture. Nous avons décidé de faire une halte à mi-chemin, à Tecuci, pour visiter le refuge de Daniel, notre transporteur. À notre arrivée, Jan, que nous connaissons bien et qui effectue les rapatriements avec Daniel, était également présent. Nous avons visité la première partie de leur refuge, située derrière une salle de fitness. Ces chiens attendent d’être transférés dans le nouveau refuge tout proche, dont certains enclos sont encore en construction et où nous nous sommes rendues dans la foulée.


Le refuge de Daniel compte plus de 200 chiens, certains vivant en semi-liberté et d’autres en enclos. Daniel est aidé par une association allemande, mais là encore, celle-ci privilégie les chiots et les petits gabarits. Certains chiens sont donc chez lui depuis des années sans jamais avoir été diffusés. En deux ans, nous avons fait adopter environ 25 chiens de son refuge. C’est peu, nous le savons, mais nous ne pouvons malheureusement pas tous les sauver… Daniel nous a demandé de l'aide pour plusieurs de ses protégés. Nous nous sommes donc empressées de prendre des photos et des vidéos. Une chose est sûre : Daniel aime profondément ses chiens et espère pour chacun d'eux un avenir meilleur. À défaut de pouvoir faire des miracles pour les adoptions, nous nous sommes rendues au supermarché pour acheter de quoi nourrir le refuge pendant plus de deux semaines. Daniel et Jan étaient extrêmement reconnaissants pour cette contribution, rendue possible grâce aux dons reçus sur la cagnotte de notre voyage.


Après cet achat, nous avons repris la route, espérant arriver à Iaşi en soirée. C’était sans compter sur une situation qui allait nous retenir plus d’une heure sur place. À peine avions-nous quitté Tecuci que, devant une station-service, notre regard a été attiré par du mouvement. Nous avons fait demi-tour pour aller voir de plus près. Sur place, nous avons découvert plusieurs chiens, comme il est tristement courant d'en voir abandonnés dans ces endroits. Nous avons aperçu une chienne allaitante et, voyant encore bouger au fond du parking, nous avons cherché. Nous avons fini par trouver deux petites boules de poils foncées, âgées de 5-6 semaines. Pensant d’abord qu'ils appartenaient à la chienne de couleur beige, nous avons essayé d'attraper cette dernière, mais elle était trop craintive.


Dépassées par la situation, nous avons appelé Daniel et Jan en renfort, qui sont immédiatement venus nous rejoindre. Nous étions tous d'accord : impossible de prendre les chiots et de laisser la mère. De plus, une autre chienne de bon gabarit semblait gestante. Ils ont décidé d’embarquer les deux femelles sociables pour les stériliser au plus vite, et nous ont promis de revenir rapidement chercher la maman peureuse à l'aide de tranquillisant dans la nourriture.


Rassurées, nous avons vu Daniel et Jan repartir. En nous approchant encore plus près de la station-service, nous avons alors entendu des gémissements… Et qu'avons-nous trouvé ? Sept chiots beiges, copies conformes de la maman craintive, et plus jeunes que les deux premiers. Une employée de la station est venue nous confirmer qu'ils étaient bien de sa portée. Nous avons alors compris que les deux premiers chiots foncés n’appartenaient à personne et venaient d’être lâchement jetés là. Le plan pour la maman beige et ses sept petits restait inchangé (Daniel repasserait les chercher), mais nous avons décidé d'embarquer immédiatement les deux petites boules de poils de 5-6 semaines, qui n’auraient pas survécu une nuit de plus. Les voilà en voiture avec nous, direction Iaşi !


Environ 30 minutes plus tard, un nouveau mouvement en bordure de route a attiré notre attention sur un petit parking. Ni une, ni deux, nous avons fait un nouveau demi-tour. Garées à la hâte, nous avons aperçu un petit chien près d’une poubelle. En avançant lentement, nous avons réussi à le sécuriser. C'était une petite femelle d'environ 4 mois, abandonnée là comme un vulgaire déchet, attendant avec espoir près des détritus qu’on vienne la chercher… Nous avons croisé sa route au bon moment. La voilà elle aussi en route vers une nouvelle vie !

À notre arrivée à Iaşi, il était trop tard pour déposer nos trois rescapés chez Emma. Nous les avons donc installés avec nous dans l’appartement que nous avions loué. Cette troisième journée fut particulièrement riche en émotions, mais quel soulagement d'avoir mis à l'abri ces regards croisés sur notre route.




Quatrième et cinquième jours


Le quatrième jour, nous étions enfin prêtes à revoir Emma et à visiter son refuge. Les retrouvailles ont été chaleureuses et réciproques !

Comme Emma avait des chirurgies programmées, nous avons passé la matinée avec les chiens handicapés. Leur situation nous a profondément touchées. Ils vivent dans une pièce sans accès extérieur et passent beaucoup de temps seuls. Bien sûr, ils sont nourris, lavés et soignés, mais leur qualité de vie est difficile. Emma fait tout son possible, mais elle ne peut leur offrir de meilleures conditions.


Nous espérons de tout cœur que Joylie, Bruma, Asha, Joya et Bobby trouveront un jour le foyer adapté qu'ils méritent.



L’après-midi, nous nous sommes rendues au refuge, situé à dix minutes de chez Emma. Nous avons profité de ce moment pour aller à la rencontre de nos chiens à l’adoption dans chaque enclos. Les contacts ont été différents selon leur sociabilité ; les plus craintifs ont demandé de la patience, tandis que les plus sociables ont eu droit à une bonne séance de brossage en cette période de mue. Ils ont adoré ! Nous avons aussi rendu visite aux chats à l'adoption. Pour eux, les conditions sont moins idéales : certains sont en liberté dans des conteneurs, mais d'autres sont enfermés dans de petites alcôves très peu spacieuses. Emma rêve de relier les deux conteneurs en construisant une grande pièce lumineuse au milieu. Nous espérons que ces travaux pourront se faire rapidement. Nous avons terminé la journée par un restaurant avec Emma, l'occasion rêvée d'échanger sur ses projets.



Le lendemain, nous sommes allées au supermarché pour acheter du matériel destiné au refuge d’Emma : paniers en plastique, lait maternisé pour chiots et chatons, pâtées et croquettes de croissance. Après avoir tout apporté sur place, nous avons passé la journée à aider Emma dans ses tâches quotidiennes : remplacer les paniers usagés, installer des bâches d'ombrage pour les enclos provisoires des chiots (installés sur le parking le temps que leurs enclos soient repeints) et remplir les gamelles d’eau qui se vidaient à vue d’œil avec la chaleur. Nous avons continué à câliner les animaux, à distribuer des friandises et à prendre des vidéos pour les futures diffusions. Ce fut une journée gratifiante qui nous a permis de mieux connaître nos protégés.


En quittant le refuge pour rejoindre le centre de Iaşi, notre route traversait une forêt. C’est là que nous avons croisé un jeune mâle de taille moyenne sur le bas-côté, tout heureux de nous voir. En contrebas, il y avait une caravane. Le chien ne semblait pas en mauvaise santé ; nous avons donc pris la décision de lui laisser à manger et de revenir le lendemain.



Sixième jour : Le tournant du voyage


Ce fameux lendemain, le jeudi 11 juin, nous nous sommes rendues à la fourrière de Miroslava avec une mission précise : vermifuger tous les chiens sur place. La visite de ce lieu a marqué un tournant douloureux dans notre voyage. Nous connaissons bien cette fourrière pour y avoir passé énormément de temps entre 2019 et 2021, à l'époque où nous faisions nos rapatriements avec le camion WOF. Nous y avions fait adopter des centaines de chiens lorsque Emma en était la vétérinaire attitrée. Malheureusement, elle a dû claquer la porte face à une municipalité qui ne respectait pas ses obligations. Depuis, Emma continue de les aider à distance, prenant régulièrement des chiens en charge dans son refuge pour les mettre en sécurité le temps de leur trouver une famille.

Il faut savoir que cette fourrière n’est soutenue par aucune association officielle : moins de 20 chiens en sortent chaque mois, pour autant d'entrées. Ce moment passé à la fourrière a eu un goût particulièrement amer. Rien n'avait changé, même après toutes ces années. Voir ces chiens derrière les barreaux, savoir qu'ils n'ont aucune porte de sortie et qu’ils ne sont diffusés nulle part nous a anéanties. Nous avons rempli notre mission et distribué les vermifuges, mais le cœur n'y était pas. En quittant les lieux, nos larmes ont coulé, provoquées par un sentiment d'impuissance si profond qu'il a eu l'effet d’un tsunami émotionnel.



Pour couronner le tout, Emma nous a proposé de visiter la fourrière publique de Iaşi, qui compte officiellement 1 500 chiens, et bien plus en réalité… Malgré notre état émotionnel déjà fragilisé, nous n’avons pas voulu refuser, car nous y diffusons encore quelques chiens. C’était l’occasion d’aller à leur rencontre.

Cette seconde visite de la journée a résonné comme le coup de grâce. Voir ces rangées de boxes à perte de vue nous a plongées dans un profond désarroi. Nous avons déambulé dans les allées, escortées par le vacarme de milliers d’aboiements. Certains chiens étaient tellement heureux de voir des humains qu’ils grimpaient aux grillages. Quel déchirement. Nous avons fini par trouver les chiens que nous diffusons et avons pris des photos et vidéos. Nous avons essayé d'offrir un peu d'attention à ceux qui s'approchaient des grilles, mais cela semblait si dérisoire face à leur attente interminable. La fourrière enregistre très peu d'adoptions (environ 70 par mois pour autant d'entrées) : une simple goutte d’eau dans un océan d’âmes oubliées. Nous avons quitté les lieux le cœur en miettes, la tête hantée par ces images.


Cette sixième journée fut la pire de toutes, celle qui nous a fait basculer dans un gouffre de tristesse. Pour nous changer les idées, Emma nous a emmenées boire un verre en ville le soir. Le cœur n’y était pas vraiment, mais le voyage touchait à sa fin et nous voulions profiter de ses derniers instants avec elle.



Derniers jours

Le vendredi 12 juin, le ciel s'est mis à la pluie, comme un écho à nos cœurs qui pleuraient encore les images de la veille. Sur le chemin du refuge, nous nous sommes arrêtées pour voir le chien de la forêt. Il était toujours au même endroit. La pluie battante nous a convaincues de le sortir de là. Ni une, ni deux, nous l'avons embarqué dans la voiture. Nous l'avons nommé Autumn, en référence à la couleur d'automne de son pelage et à ses yeux ambrés. Il est désormais en sécurité au refuge et attend sa famille pour la vie !


Sous la pluie, le quotidien au refuge devient plus lourd, presque suspendu. Les enclos se vident, les chiens restant frileusement à l'abri sans oser sortir le museau, alors que la terre se transforme en boue et que tout s'enveloppe d'une grisaille mélancolique. Heureusement, Emma nous avait confié une mission idéale pour tromper cette mélancolie et nous occuper l’esprit : passer en revue tous les chiens pour vérifier leurs numéros de puces électroniques. Cela nous a permis de recenser ceux qui n'avaient pas encore été diffusés afin de planifier leur mise en avant. Nous avons également passé beaucoup de temps avec les chats, leur apportant câlins, jeux et friandises.

Pour notre dernière soirée à Iaşi, Emma nous a fait découvrir un plat traditionnel roumain en version végétarienne. C'était délicieux. Nous sommes ensuite rentrées à l'appartement pour boucler nos bagages.


Le samedi matin, nous sommes arrivées de bonne heure au refuge d’Emma pour de derniers adieux. Nous avions acheté des parasols pour l’enclos des vieux chiens situé au milieu du refuge, qui manquait cruellement d’ombre. Nous en avons installé trois, et les chiens s'y sont immédiatement réfugiés pour chercher la fraîcheur. Nous avons dit au revoir à tout le monde, échangeant une ultime caresse, un dernier regard et une promesse silencieuse de leur offrir la vie qu’ils méritent.



Le cœur serré, nous avons repris la route vers Bucarest. Mais peu après le départ, nous avons vécu un véritable drame : un chat venait d'être percuté au milieu de la route, sa queue bougeait encore. Nous avons garé la voiture en travers pour le récupérer. La personne qui l’avait renversé ne s'était même pas arrêtée. Malheureusement, la petite chatte a poussé son dernier soupir dans nos bras quelques instants plus tard. Nous avons remarqué ses mamelles gonflées, signe qu'elle allaitait probablement. Ne sachant pas où pouvaient se cacher ses chatons, nous étions impuissantes. Nous avons déposé son petit corps à l’ombre d’un arbre et sommes reparties le cœur en miettes, pleurant à chaudes larmes. C’est une image terrible que nous garderons en mémoire, et l’émotion est encore vive à l'écriture de ces lignes…


Heureusement, un moment de joie est venu adoucir notre peine quelques heures plus tard. Nous n’avions pas oublié la maman beige craintive et ses petits de la station-service de Tecuci. Ce jour-là, grâce à l'intervention de Daniel et Jan, ils ont enfin été mis en sécurité ! La grande chienne gestante a elle aussi été prise en charge. Quel soulagement d’avoir accompli ce sauvetage et d’avoir tenu notre promesse de ne pas séparer la mère de ses petits.


Nous sommes reparties de Tecuci l'esprit plus léger, impatientes de retrouver Alice à Bucarest pour notre dernière mission. Nous l'avons rejointe au supermarché pour remplir le coffre de nourriture pour chats, avant de nous rendre chez Cristina, une dame qu’Alice soutient. Cristina s’occupe de plus de 90 chats sauvés au fil des ans ou abandonnés devant sa porte. Elle travaille dans une maison de retraite et consacre tout son temps libre à ses protégés. Elle leur a aménagé de grands catios dans un bâtiment abandonné juste derrière chez elle. Malheureusement, la structure est vétuste et le toit aurait besoin d'être consolidé pour éviter un drame. De plus, le propriétaire ignore la présence des chats ; si cela venait à se savoir, ce serait une catastrophe. Cristina a été extrêmement touchée par les dons que nous lui avons apportés grâce à votre générosité.


Cette dernière rencontre a sonné la fin de notre voyage. Après une dernière nuit près de l’aéroport, nous avons pris l’avion le lendemain en fin de matinée.



Ce voyage a été d'une intensité émotionnelle rare, un parcours jalonné de larmes, mais aussi de magnifiques victoires. Nous savions pertinemment à quoi nous attendre — du moins Élodie et Maeva —, mais la réalité brute du terrain nous a malgré tout rattrapées de plein fouet. Face à l'immensité de cette détresse, un sentiment d’impuissance a parfois tenté de s'immiscer, mais dans l'équipe WOF, la résignation n’aura jamais sa place. Ces quelques jours hors du temps nous ont rappelé l'urgence absolue de notre combat et ont scellé, plus que jamais, notre détermination. Derrière chaque cage, chaque forêt, chaque station-service, il y a une vie qui mérite qu'on se batte pour elle. Si nous revenons les bagages chargés de souvenirs douloureux, nous revenons aussi le cœur gonflé de gratitude envers nos fées sur place, et envers vous, qui rendez ces miracles possibles. Plus que jamais, nous avons renouvelé notre promesse : celle de prêter notre voix à ces invisibles et de ne jamais les laisser tomber.

Tant qu’il y aura des regards à sauver, nous serons là.


Maeva





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